Bilan des équipes africainesPassation de
pouvoir Pelé avait, il y a quelques années, prédit « la victoire d’une équipe africaine en Coupe du Monde après l’an 2000 ». Et bien, il va falloir encore attendre. Ce ne sera pas pour cette année même si, comme l’a dit Bruno Metsu, « le Sénégal est arrivé petit, il repart grand ». Car le Sénégal, après une finale de CAN et un quart de Coupe du Monde s’est hissé, grâce au talent de ses joueurs, dans le groupe des 8 meilleures équipes de la planète. Les Lions de la Teranga auraient pu, pour un peu, faire le coup des Danois à l’Euro 92. Invités de la dernière heure après le forfait d’une Yougoslavie plongée dans la guerre, les Danois étaient arrivés en Suède dénués de toute pression. Ils avaient finalement remporté cet Euro. Comme il faut toujours écrire la légende des triomphes, surtout quand ils ne sont pas annoncés, on avait attribué une partie de cette victoire des scandinaves à leur décontraction que l’on dit atavique. Le bar de leur hôtel résonne encore des soirs de victoire quand ces Danois, pintes de Carlsberg à la main, trinquaient à la santé de leurs adversaires défaits. Les Sénégalais n’étaient pas invités, ni repêchés pour cette Coupe du Monde, encore moins « touristes » comme ils l’ont souvent répété. Il n’empêche qu’on a retrouvé un peu de cet esprit dans l’équipe de Metsu. Peut-être que le sable de Saly procure les mêmes vertus que le houblon du Jütland. Pour la prochaine édition en Allemagne, qui sait si, en s’inspirant du modèle du calendrier de la fédération sénégalaise, toutes les équipes ne seraient pas aller se préparer sur les plages de la Mer Baltique, à grand coup de tennis ballon sponsorisés par « bergasol » en guise de stage d’oxygénation ? En passant un tour de plus que le Nigeria en 1998, le Sénégal a finalement égalé le record des Camerounais de 1990. Comme quoi, entre le service minimum et l’exploit historique, la frontière est bien mince. Et que serait-il advenu de ce Turquie-Sénégal si Günes n’avait pas eu la mauvaise idée, pour les supporters des Gaïndés, de sortir au bout de 60 minutes ce pauvre Hakan Sükur dont la maladresse a autant retardé l’échéance de la victoire turque que tous les efforts d’une défense sénégalaise aux abois ? Reste à savoir ce que les Sénégalais vont faire de ce parcours aux allures de passation de pouvoir, n’en déplaise à l’orgueil des Camerounais. L’équipe est encore jeune, les plus âgés Coly et Malick Diop, auront 31 ans en 2006. A cet âge là, Didier Deschamps brandissait la Coupe du Monde sur les Champs Elysées. La performance de Sénégalais remet en perspective les performances des autres équipes africaines. Aucun des quatre autres représentants du continent n’est parvenu à s’extraire de son groupe. On peut y voir un échec, surtout pour le Cameroun, à l’aune de sa solidité affichée lors de sa triomphante Can malienne. Beaucoup d’observateurs en avaient fait un demi-finaliste en puissance. Encore manqué. Plus que la défaite contre l’Allemagne lors du dernier match du groupe, c’est sûrement le nul concédé face à l’Irlande qui a scellé l’élimination des Lions Indomptables. Au cours de leurs trois confrontations, les Camerounais n’ont joué qu’une mi-temps. Ce fut suffisant contre l’Arabie Saoudite, presque suffisant contre l’Irlande, insuffisant contre une Allemagne dont on se demande si elle ne se complait pas à perpétuer les poncifs débités sur son compte, tant elle s’est montrée, contre le Cameroun, teigneuse, rugueuse et, à l’arrivée, d’un froid réalisme. Pendant cette Coupe du Monde, le Cameroun a du composé autant sur le terrain qu’en dehors. Côté sportif, Patrick M’Boma était loin de son niveau de la CAN, après une saison passée entre le banc de Parme et le banc de Sunderland. Tandis que Lauren, sur le côté droit, est arrivé au Japon dans le même état physique que ses potes d’Arsenal, Vieira ou Wiltord, c’est à dire cuit. Côté organisation, les conditions picaresques dans lesquelles l’équipe a rejoint le Japon - « escale négociation » des primes dans le hall de Roissy, « escale négociation d’un peu de kérosène » sur l’aéroport de Bangkok- expliquent peut-être aussi pourquoi, après 40 heures de voyage, le Cameroun n’a pas réalisé une performance à la mesure de ses prétentions. On ne sait d’ailleurs s’il faut encore rire de l’incurie des omnipotents dirigeants camerounais.Autre poids lourd du continent, le Nigeria avec seulement un petit match nul contre l’Angleterre, n’aura pas marqué les esprits, comme dépossédé de la magie qui en avait fait un huitième de finaliste brillant aux Etats-Unis et en France. Les Super Eagles ont été quelconques dans cette Coupe du Monde. Et Onigbinde a perdu son pari. En écartant les cadres historiques - Finidi, Oliseh ou Ikpeba - de la sélection, l’entraîneur du Nigeria misait sur une nouvelle génération pour asseoir son autorité et sortir de ce groupe de la mort. Des rescapés de la vieille garde – West, Okocha – et des nouveaux venus, Ogbeche ou Aghahowa, Onigbinde n’est jamais parvenu à faire une équipe. Il a confondu transition et révolution. L’Afrique du Sud n’a pas fait mieux qu’en France en 1998. Mais elle a laissé entrevoir des qualités qui aurait pu lui ouvrir la route des huitièmes s’il elle n’était pas tombé, contre l’Espagne, sur un grand Raul auteur d’un doublé. Avec Jomo Sono, elle a retrouvé au Japon des vertus qu’elle semblait avoir perdu six mois plus tôt au Mali où les Bafana étaient complètement passés à côté de leur CAN. Grâce à un milieu de terrain très complémentaire, avec Zuma, Fortune et surtout Sibaya, révélation africaine de cette Coupe du Monde, les Sud-africains ont été la bonne surprise du continent de cette Coupe du Monde. La Tunisie enfin, était sûrement l’équipe la plus faible des cinq qualifiés. Les Aigles de Carthage ont surtout pêché par manque d’audace. Mais en avaient-ils les moyens ? Seuls Trabelsi, le latéral de l’Ajax et surtout Ben Achour ont été au-dessus du lot. Souayah, s’il reste en place, doit maintenant tenter de construire autour du petit meneur de jeu une équipe compétitive pour la CAN 2004. Joachim Barbier
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Bilan : La coupe est pleine
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